14 mai 2008
Contribution de Pierre d'Ornano *
« Gouverner au centre, avec des moyens de droite, pour atteindre des buts de gauche », Georges Bidault.
Alors que cadres, militants, adhérents, sympathisants et élus du Nouveau Centre s’apprêtent à travailler, à Nîmes, au projet du parti, c’est dire à son devenir, la question qui se pose est de savoir si l’on veut un parti puissant, par ses engagements et par son poids politique dans le pays, et susceptible de refonder une vraie famille de pensée centriste libérale et sociale ?
Le congrès de Nîmes ne doit pas seulement servir à élire un président. Certes, le meilleur choix, issu de la base, du candidat le plus charismatique susceptible de représenter et de véhiculer les fondements idéologiques et politiques de notre famille de pensée a une importance fondamentale. Mais, ce qui ressortira du Congrès de Nîmes, doit initier un élan fondateur, fédérateur et rassembleur vers des objectifs communs qu’il faut définir pour les faire émerger.
Il convient-il d’y réaffirmer le lien et les équivalences entre libéralisme, liberté, protection et progrès social. D’y définir précisément la place du service public, sa légitimité face aux carences du privé et son rôle notamment en direction des plus faibles. Réaffirmer également qu’il ne doit pas être figé dans ses acquis, mais qu’il doit respirer au rythme de l’évolution de la société.
Sachant que notre démarche s’inscrit aujourd’hui dans le cadre d’une alliance et d’une présence active d’un certain nombre de nos représentants au gouvernement, il me paraît important de rappeler outre les grands desseins fondateurs de la démocratie sociale libérale, dont la construction de l’Europe, sa singularité. Or cette singularité, en ce premier anniversaire de l’accession au pouvoir du président Nicolas Sarkozy, doit s’exprimer avant tout dans les moyens de mise en œuvre des politiques économiques et sociales auxquelles le Nouveau Centre adhère.
Dans ce cadre, nous devons réaffirmer nos principes de gouvernement qui se fondent sur la recherche du compromis, c’est-à-dire qui récuse, dans les situations crispées, les dynamiques de confrontation et de mise en opposition des organisations et des hommes.
Ainsi, la méthode et la communication sur la méthode qui entourent toute réforme souhaitée et juste doivent, pour nous centristes, s’inscrire et suivre une pensée humaniste, qui place l’homme au centre du processus. A ne pas réaffirmer ce principe, on risque de rendre la réforme tant souhaitée haïssable. Et les espoirs suscités et déçus sont les plus destructeurs pour la cohésion d’un peuple.
A cela, deux exemples :
-La communication qui accompagne la mise en œuvre de la réforme du chômage stigmatise les fraudeurs à l’allocation qui ne constituent pourtant qu’une infime minorité des bénéficiaires. Au lieu de susciter l’espoir en redonnant confiance, on entoure, par capillarité, l’immense majorité des personnes qui recherchent effectivement un emploi d’une aura de faute, au demeurant culpabilisante. Ce climat concoure à opposer chômeurs et personnes en activité. Pire, il peut susciter le retour d’une conception utilitariste de la fonction et du rôle de la femme et de l’homme dans la société qui, in fine, serait exclusive des plus faibles, mettant ainsi en branle un des fondements de notre république démocratie, la fraternité.
-Concernant la réforme pénitentiaire… on apprend sur les bancs des Universités de Droit que la peine, pour être efficace, doit être exemplaire, productive – elle doit être prononcée et effectivement appliquée - et permettre la réinsertion. A ne pas bâtir sur ces trois éléments, concomitamment, on rend la sanction peu efficace, voire dérisoire. Or, à ce jour, le répressif l’emporte et la communication est tournée essentiellement en faveur des victimes. La réinsertion demeure le parent pauvre de notre système pénitentiaire.
Le texte sur la nouvelle loi pénitentiaire sera examiné par le Parlement au mois de juin. Ce doit être l’occasion pour nos parlementaires d’affirmer clairement les choix humanistes de notre famille de pensée, qui doivent s’inscrire dans le cadre de notre soutien aux objectifs du gouvernement de François Fillon, engagé dans une démarche volontaire et courageuse de réformes.
Le Centre est libéral lorsqu’il s’agit de libérer ou de ne pas brider l’initiative individuelle. Il est régulateur lorsqu’il s’agit de mettre en place et d’activer les garde-fous indispensables afin d’éviter les dérives et déviations d’une économie de marché susceptibles de transformer la libre entreprise en un outil au service des plus riches. Enfin, il est réformiste lorsque les systèmes et les organisations tendent à dominer sur l’homme, lorsque la « création de richesse » ne profite qu’aux détenteurs de cette même richesse et œuvre sans reconnaître à sa juste valeur le travail et la dignité humaine.
Elargir la base de la pyramide aujourd’hui inversée…
Outre l’essentiel effort de singularisation que se doivent de faire nos élus, et afin d’élargir la base militante de notre parti, un effort d’information et de formation - qui pourrait être dédié à un Comité - doit être engagé.
Ayons à l’esprit que la position très particulière et les choix philosophiques et politiques du Centre, résumés dans la formule de Georges Bidault : « Gouverner au centre, avec des moyens de droite, pour atteindre des buts de gauche » ne peuvent être compris, sans qu’ils soient expliqués, débattus pour, in fine, être véhiculés.
En la matière, l’impulsion ne peut venir que du haut. Cela signifie une participation active des élus à la vie des sections. Une organisation locale forte, reconnue, est une condition sine qua non à la construction d’une structure militante susceptible de porter et de transmettre nos idées.
C’est la meilleure des réponses à l’appauvrissement du débat politique, issu notamment de choix de communication qui privilégient les supports grand public, réducteurs en terme de messages, et qui favorisent les grands partis disposant de relais forts de communication. C’est peut être la réponse au tropisme bipartiste, entretenu et véhiculé notamment par les grands médias.
Le centre n’est pas et ne doit pas être perçu comme une atténuation, une modération des idéologies de droite ou de gauche, mais comme un humanisme en action. Il est de notre responsabilité, à Nîmes, d’en creuser à nouveau le sillon.
* Pierre d’Ornano est adhérent Nouveau Centre - Paris 1er arrondissement.
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